Archive de la catégorie Métaphore

Nous n’avons pas les mêmes valeurs

Les experts nous conseillent de travailler trois axes : Sensibiliser, c’est-à-dire expliquer le contexte et l’état des lieux. Convaincre, de se mobiliser. Et enfin Agir, c’est à dire expliquer comment faire et mettre en œuvre. 

Pour Sensibiliser, certains font appel à l’image (photos, reportages), à la chanson, à l’analyse des données scientifiques brutes. Dans mon livre Le scénario Titanic (éditions Jouvence),  j’utilise les métaphores. Pourquoi ?
 

Parce qu’entre la Terre et nous, tout nous sépare. Nous mesurons à peine deux mètres, elle fait environ 12 600 000 mètres de haut. Nous vivons cent ans, elle a 4 milliards d’années. Notre cœur bat plus d’une fois par seconde, soit environ 4 milliards de fois en cent ans, pour la Terre une seconde de son temps, c’est une année pour l’homme. Une évidence :

Nous n’avons pas les mêmes valeurs.

Dès que nous parlons de la Terre, nous sommes amenés à raisonner sur des échelles de distance et de temps qui nous dépassent. Nous ne manipulons jamais ces grandeurs dans notre vie de tous les jours. Comme pour les grosses sommes d’argent, il arrive un moment où celles-ci ne veulent plus rien dire. Lorsque l’on parle de 6,5 milliards d’individus sur terre, peu de personnes arrivent à mettre une réalité sur ce nombre. Au-delà du millier de personnes, cela dépasse notre capacité d’intégration. Lorsque l’on parle de millions d’hectares de forêts qui disparaissent chaque année, peu de gens sont en mesure de comprendre ces chiffres et leurs implications. Si on nous parle de Gigatonnes de CO2 libérées dans l’atmosphère chaque année, que comprenons-nous réellement ?

Les phénomènes concernent l’ensemble de la planète. L’échelle d’espace est démesurée. Nous raisonnons tous les jours sur des distances ou des surfaces qui ne dépassent pas les 100 kilomètres ou la centaine de m². Pour la majorité d’entre nous, les phénomènes sortent de notre champ de perception.

En outre, ces phénomènes se déroulent sur des dizaines d’années. Une dizaine de seconde à l’échelle de la planète, mais pour nous humains, c’est bien au-delà de notre capacité à envisager l’avenir. Dans notre vie de tous les jours, nous raisonnons sur une échelle de temps qui va de la journée à la semaine, parfois au mois ou sur l’année, très rarement sur plus de dix ans.

Notre cerveau n’est pas habitué à manier ces échelles de temps et d’espace. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est un manque de pratique. Si on fait un parallèle avec le sport, ce n’est pas parce que vous savez bien courir le 100 et le 400 m que vous savez courir le 5000 ou 10.000 m avec la même aisance.

Pour contourner cet obstacle, il faut raisonner en termes de génération et non d’année. Mettez-vous dans la peau de vos enfants : « Quel avenir pour eux ? Comment fera-t-on dans trente ans sans ce type de ressources ? ».

Utiliser des métaphores permet aussi de réduire les échelles de temps et d’espace; d’observer le passé et parfois de prévoir l’avenir. Lire en ligne C’est la fête au village

Extrait du livre Le scénario Titanic
 

Refus, colère

Vous roulez en voiture en ville, un automobiliste vous refuse la priorité, c’est l’accident. Votre première réaction : « Oh ! Non, c’est pas vrai ! », suivi immédiatement par une grosse colère « Mais quel c.. celui-là alors ! ». Vous restez assis au volant, en vous disant que ce n’est peut-être pas trop grave, que votre voiture n’a pas grand-chose et que vous allez pouvoir repartir rapidement, car ce matin vous êtes pressé, intérieurement vous négociez avec la réalité. Puis vous descendez de voiture et devant l’ampleur des dégâts, il devient évident que ça va prendre du temps. C’est une catastrophe, vous ne serez pas à l’heure à votre rendez-vous, tous vos projets tombent à l’eau, vous n’êtes plus maître de votre agenda, il faut changer vos plans, vous déprimez. Après avoir rassemblé vos esprits, vous acceptez la réalité et vous commencez à rechercher des solutions, vous réagissez.

C’est le processus classique du deuil. Selon Elisabeth Kübler-Ross (psychiatre), lors d’un choc émotionnel (décès, accident, invalidité, perte d’un emploi, catastrophe, rupture …), nous passons par cinq étapes : le refus, la colère, la négociation, la dépression, l’acceptation. Plus ou moins longues suivant la gravité de l’évènement, parfois dans un ordre différent.

Pour l’état de la Terre, nous sommes face à un choc de même nature et d’une toute autre ampleur, il concerne l’avenir de nos enfants. Selon vos interlocuteurs, vous allez trouver tous les cas de figures. Certains seront dans le refus, d’autres dans la colère. Les Convaincus ont souvent fait tout le chemin et ils agissent. Pour sensibiliser et convaincre, il est intéressant de savoir à quelle étape se trouve votre interlocuteur.

Le refus.

Le refus est un moyen de faire face au choc, à l’avenir qu’on nous annonce. Face à une situation menaçante ou un choc émotionnel, le refus est une réaction normale. Mais avec le temps, lorsque les preuves s’accumulent, le refus n’est plus une solution. Vient alors la colère.

La Colère

« Pourquoi nous, pourquoi maintenant, pourquoi ne fait-on rien ou si peu ? ». La colère est une réaction normale. Il faut l’exprimer, la laisser sortir. Le mieux à ce stade est de transformer la colère en source de motivation.

La Négociation

Certaines personnes passent par une phase de négociation. « La situation n’est pas aussi grave qu’on veut bien nous le dire. On devrait pouvoir trouver des solutions pour régler ce problème. Le pire n’est pas certain. » On négocie avec la réalité. Mais les faits sont têtus et devant l’accumulation des preuves, on comprend vite la futilité de ce type d’argument et de raisonnement. On se dit qu’il va falloir changer ses plans. Vient alors pour certains, l’étape de la dépression.

« C’est quand l’impossible est devenu inéluctable qu’on aime mieux le croire incertain. »  Geneviève Barbier. La société cancérigène. Flammarion.

La dépression.

On est encore sous l’effet du choc du diagnostic et on doit admettre qu’on n’est plus maître de notre avenir, on découvre qu’on va devoir changer de mode de vie, que les impacts pour nous et nos enfants sont sans doute importants. Il est normal de déprimer. On vit dans les souvenirs, on a la nostalgie du passé, on baisse les bras, « à quoi bon ! ». On ne prend plus plaisir à rien. On n’a pas l’énergie nécessaire pour tourner la page. On n’a pas encore fait son deuil. La seule solution est une réaction dynamique et accepter la réalité.

L’acceptation & l’action

Il faut tourner la page, faire son deuil, être Convaincu qu’il existe des solutions, que d’autres choix sont possibles et passer à l’action, Agir. 

Où en est-on aujourd’hui ? Individuellement certains sont déjà dans l’action. Collectivement nous sommes encore dans le refus. Nous voyons souvent les choses telles que nous voulons qu’elles soient et non telles qu’elles sont en réalité.

Extrait du livre : La stratégie d’Hugo (version intégrale)

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La quatrième ère

“Ou pourquoi les professionnels de l’informatique et des NTIC ont trente ans d’avance sur le développement durable.”  

Nous vivons actuellement sur Terre une période totalement inédite, la conjonction de 3 nouvelles ères : une ère de ressources rares, une nouvelle ère climatique et une nouvelle ère écologique. Une nouvelle ère écologique, car une prise de conscience est en train de s’opérer à travers le monde et les choses commencent à bouger. Mais entre ces trois ères, une compétition s’est engagée et d’après les spécialistes de l’environnement, nous partons avec trois longueurs de retard. Ce qui nous manque le plus aujourd’hui, ce n’est pas tant les idées, les solutions ou la volonté, c’est surtout le temps. Le temps pour les mettre en œuvre et entraîner tout le monde. Il est donc urgent d’accélérer.

Les professionnels de l’informatique auront un rôle clé à jouer dans l’accélération de cette nouvelle ère. Non seulement parce que les NTIC permettent de dématérialiser l’information, de la faire circuler plus vite, de concevoir et mettre sur les marché des produits plus rapidement, de simuler et prévoir l’avenir avec une plus grande précision, mais aussi parce que l’informatique et l’écologie sont deux mondes qui présentent de nombreuses similitudes avec trente ans de décalage. En effet, si la nouvelle ère écologique a débuté dans les années 2000, celle du numérique a commencé dans les années 1970. Voici une liste non exhaustive des points communs.

Les publics et secteurs concernés

Tout le monde est concerné, particuliers, entreprises, collectivités. Tous les secteurs de l’économie sont touchés : industrie, tertiaire, agriculture, loisirs… L’informatique comme l’écologie touchent l’ensemble de la planète. Au sein d’une entreprise, toutes les directions sont concernées par le développement durable, comme pour l’informatique.

Tous des débutants

En 1970 pour l’informatique et en 2000 pour l’écologie, nous sommes tous des débutants. Dans ces deux mondes, nous partons de zéro ou presque. L’effort de formation pour faire monter en compétences l’ensemble de la population est considérable. La conduite du changement pour faire évoluer les comportements, les réflexes présente les mêmes difficultés dans les deux cas.

Informatique et écologie sont des mondes virtuels pour le commun des mortels

En dehors des spécialistes de l’informatique, un internaute ou un employé n’imaginent pas toutes les ressources mises en œuvre lorsqu’ils cliquent sur leur souris. Le numérique est un monde virtuel pour l’utilisateur final. Lorsque l’on clique sur un interrupteur, lorsqu’on allume son four, lorsqu’on ouvre un robinet ou lorsqu’on achète un produit dans un magasin, on n’imagine pas toutes les ressources qui sont mises en œuvrent pour nous offrir ce service ou ce produit. L’écologie est un monde virtuel pour l’utilisateur final.

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Informatique et écologie sont deux mondes nouveaux

Il y a 40 ans, naissaient l’ère du numérique. Tout était à inventer, les produits, les services, les matériels, les logiciels. L’informatique et les NTIC ont bouleversé l’économie mondiale, des entreprises sont nées, des filières nouvelles sont apparues, une industrie nouvelle s’est créée, tout cela en moins de quarante ans. Il en sera sans doute de même avec l’écologie : la raréfaction des ressources, les bouleversements climatiques, une demande grandissante pour des produits plus respectueux de l’environnement vont bouleverser l’économie dans les vingt ans qui viennent. Des nouvelles entreprises vont naître, des filières nouvelles vont apparaître, une industrie nouvelle va se créer, tout cela, j’espère, le plus rapidement possible.

Informatique et écologie un virage à ne pas rater pour certaines industries

Dire que le numérique est en train de bouleverser en profondeur le monde et que certains domaines sont particulièrement impactés est un euphémisme (exemples : la photo, les médias, la presse, le cinéma, la musique, le livre). Il en sera de même avec l’écologie pour de nombreuses industries (transport, tourisme, agriculture…). Faute de se remettre en question suffisamment tôt, certaines risquent de disparaître, d’autres devront se remettre complètement en question.

Informatique et écologie, la génération au pouvoir n’est pas formée

Replacez-vous 40 ans en arrière, il en a fallu des arguments pour convaincre les dirigeants de l’époque que ces d’ordinateurs avec des cartes perforées et leurs écrans verts allaient révolutionner le monde et leur faire faire des économies. Il aura fallu une génération pour que l’informatique soit comprise et reconnue par la génération au pouvoir. Il va en falloir encore des arguments pour convaincre les dirigeants qu’investir aujourd’hui dans la préservation de l’environnement leur fera faire des économies demain.

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Informatique et écologie sont des mondes techniques pour le commun des mortels

Que ce soit pour l’informatique et l’écologie, ces deux mondes font appels à des connaissances techniques que ne possèdent pas le commun des mortels. Chacun des ces mondes possèdent son propre vocabulaire, les produits et services demandent de la formation pour être maîtrisés. Les interactions entre les systèmes (éco-systèmes ou logiciels) sont parfois impossibles à prévoir, même pour les spécialistes. Cette technicité ne facilite pas leur diffusion.

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Informatique et écologie nécessitent les mêmes budgets

1 à 2%, c’est le budget moyen des DSI dans les entreprises. 1 à 2% du PIB mondial, c’est ce qu’il faudrait dégager comme moyens pour résoudre les problèmes.

Informatique et écologie, la nécessaire préservation des ressources

Un DSI et le ministre de l’écologie ont à régler les mêmes problèmes : comment faire face à la croissance du nombre d’utilisateurs, des besoins, du trafic, des machines, comment préserver les ressources tout en garantissant un bon niveau de service à l’utilisateur final, le tout sans entamer son budget.

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1970-2010 vers le tout numérique.

Il aura fallu 40 ans pour faire entrer le monde dans l’ère du tout numérique. 40 ans pour convaincre, former, intégrer le numérique dans les produits et services, créer une nouvelle économie, de nouveaux métiers… 40 ans qui ont bouleversé le monde, qui ont tout accéléré, 40 ans pendant lesquels bon nombre de sociétés ont du changé de cap pour ne pas disparaître. 

2000-2030 vers le tout écologique ?

D’après les spécialistes, il ne nous reste que 10 ou 20 ans, tout au plus, pour faire entrer le monde dans l’ère du “tout écologique”. 10 ou 20 ans pour convaincre, former, intégrer la préservation de l’environnement dans les produits et services, créer une nouvelle économie, de nouveau métiers… 10 ou 20 ans pour bouleverser le monde, pour accélérer. 10 ou 20 ans pour que nos sociétés changent de cap pour ne pas disparaître. 

Comment réussir ce tour de force ? En tant que professionnels de l’informatique vous pouvez jouer un rôle important, en effet, non seulement les NTIC ont la capacité d’accélérer les mutations, mais en plus, vous venez de vivre l’ère du tout numérique. Vous avez mis au point  des méthodes, acquis des réflexes et de l’expérience qui pourraient être fort utiles aujourd’hui ; tant le monde de l’écologie et de l’informatique sont similaires. C’est ce que j’essayerai de vous démontrer sur ce blog.  

Alors, maintenant peut-on dire informatique et écologie, même histoire, même combat, même destin ? Personne ne peut l’affirmer. Je remarque simplement qu’il y a quelques années, toutes les entreprises qui se créaient sur la toile avaient un point commun : gOOgle, wanadOO, kelkOO, yahOO… Notre nouveau super ministre de l’écologie s’appelle BorlOO, c’est peut-être un signe du destin ! Non ?

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Environnement, une conjonction de 3 ères :

une ère de ressources rares, une nouvelle ère climatique, une nouvelle ère écologique.

Le numérique, la quatrième ère.

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C’est la fête au village

Extrait du livre Le scénario Titanic

Selon H.M. McLuhan Herbert (Marshall McLuhan, sociologue canadien), « de toutes parts nous parvient l’information à vitesse accélérée, à vitesse électronique. On dirait que nous faisons tous partie d’un petit village mondial ». Partons de son hypothèse. Un village ça a une vie, rythmée par les saisons, les coutumes … Quel instant de la vie de notre village mondial sommes-nous entrain de vivre aujourd’hui ? Je dirais que c’est la fête au village. Bon, nous ne sommes pas tout à fait dans un village, mais dans une ville d’environ 100000 habitants (un village comparé au reste du monde), Annecy, en Haute-Savoie, à 40 km de Genève. Une ville très connue pour son lac, ses montagnes, sa vieille ville et ses fameuses fêtes du lac. Elles se tiennent tous les ans, le premier samedi d’août. C’est un spectacle pyrotechnique qui se déroule sur le lac, au niveau d’un grand parc de verdure, quasiment en centre-ville.

 Ces fêtes nécessitent plus d’un an de préparation. Les feux d’artifice sont conçus, fabriqués et stockés de longs mois à l’avance. Puis quelques semaines avant l’évènement, courant juillet, des pontons sont progressivement installés sur le lac pour accueillir tous les feux d’artifice. Des tribunes sont également montées dans le parc pour accueillir les spectateurs. Ce travail est physique et prend plusieurs semaines. Ensuite, pendant quelques jours, la sono, les éclairages, tous les circuits électriques sont mis en place. Le spectacle est payant, aussi des palissades et des barrières sont installées tout autour du parc pour former un espace clos aux entrées duquel les tickets peuvent être contrôlés.

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 Les tribunes centrales, les mieux positionnées, accueillent les officiels, les notables … et les places les plus chères. Plus vous vous éloignez de part et d’autres de la tribune centrale, moins les places sont chères, mais moins bien vous êtes placés. Les spectateurs paient et se placent, en fonction de leurs moyens.

 A l’extérieur du parc clos, les places sont gratuites, mais vous êtes alors nettement plus loin et pas forcément très bien placés pour admirer l’ensemble du spectacle. J’ai assisté aux fêtes du lac depuis les tribunes centrales, depuis celles sur les côtés, mais aussi depuis l’extérieur. Les ambiances sont totalement différentes. Elles vont du plutôt guindé sur les tribunes centrales au festif et populaire autour du lac.

Le jour J, en fin d’après-midi, les spectateurs sont accueillis. A l’entrée, vous devez présenter votre sésame (le billet) et, après trois contrôles, vous accédez à votre place. Quelques resquilleurs, peu nombreux, passent par-dessus les palissades. Certains, plus malins, viennent en bateau sur le lac et se placent face aux tribunes centrales, donc idéalement pour profiter au mieux du spectacle. Pour eux c’est gratuit, tout le monde les voit, mais personne n’ira se mouiller pour les en déloger.

 

Compte tenu du nombre de spectateurs (plusieurs dizaines de milliers payants et dix fois plus autour du lac), il faut plus de deux heures pour mettre en place tout le monde. Pour faire patienter les spectateurs, un petit intermède est donné sur l’eau. La pénombre s’installe alors, puis c’est bientôt la nuit noire. Peut enfin commencer, ce que tout le monde attend, le feu d’artifice. Il va durer pratiquement deux heures.

Suivant les années, le thème du spectacle est différent, mais le principe de base est toujours le même : différentes scènes pyrotechniques, entrecoupées de pauses narrées, une montée en puissance progressive, puis en tout dernier, le clou du spectacle, le bouquet final.

C’est un feu d’artifice, ça tout le monde connait, mais celui-ci est remarquable par son ampleur, sa durée, la diversité et la qualité de ses feux. Les meilleurs artificiers se disputent l’organisation de l’évènement. Je ne vous décris pas les scènes, nous y reviendrons plus tard dans ce chapitre. La configuration des lieux est idéale et la fumée dégagée par tous les tirs part soit en direction du lac, soit vers les rives, là où s’amassent les spectateurs qui n’ont pas payé. Elle revient assez rarement vers les tribunes.

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On a beau être habitué, le spectacle est merveilleux ; à chaque scène, vous ne savez plus où donner de la tête. Vous êtes captivé par cette féérie de couleurs et de sons. Vous ne pensez plus qu’à l’instant présent, en espérant que cela dure le plus longtemps possible. A la fin de chaque scène, vous avez un petit pincement au cœur, vous vous demandez si c’est terminé, si oui ou non le spectacle va repartir de plus belle. Puis vient le bouquet final, c’est alors une débauche de puissance, de couleurs, de sons. C’est à la fois éblouissant, assourdissant et hypnotisant.

Enfin, tout s’arrête, les lumières se rallument dans les gradins et les allées. Les gens, un peu groggy, hébétés par tant de débauche, se lèvent avec regret, rassemblent leurs affaires. Certains serrent leurs enfants dans les bras et prennent la direction de la sortie. C’est un peu la bousculade, les mines sont tristes, on revient brutalement à la vie réelle dans les énormes embouteillages que crée cet évènement. Les gradins se vident rapidement. Quelques petits groupes s’attardent à discuter. Des équipes commencent le soir même à démonter le matériel le plus sensible. Puis la nuit tombe sur le parc lorsque les lumières s’éteignent. Le lendemain matin à l’aube, c’est un champ de détritus et de déchets qui attend les équipes de la mairie qui démontent les palissades et remettent en état le parc. Pendant les jours qui suivent, des équipes viennent démonter les gradins et les supports sur l’eau. Après quelques jours, le parc retrouve sa vie normale. Comme pour les fêtes du lac d’Annecy, la fête de notre village mondial s’est préparée il y a fort longtemps, lorsque le pétrole, le gaz et le charbon se sont formés et stockés dans les sous-sols de la Terre. Puis, il y a quelques milliers d’années, l’homme est apparu. La population mondiale est restée sous la barre des 1 milliard d’individus jusque dans les années 1850. Depuis cent cinquante ans, 5,5 milliards d’individus supplémentaires se sont « invités » sur Terre. S’ils ont pu être accueillis, c’est grâce aux progrès réalisés par l’homme dans tous les domaines, aux savoirs et connaissances accumulés pendant des siècles, mais aussi aux infrastructures patiemment bâties. Ces progrès, ces connaissances, ces infrastructures sont les fondations sur lesquelles « prennent place » nos sociétés modernes. Tout comme la mise en place des tribunes, sur plusieurs semaines de travail. Un travail physique qui débouche sur des bases suffisamment solides sur lesquelles prennent place les spectateurs, juste avant le spectacle.

L’espace clos qui est mis en place les derniers jours nous fait penser aux frontières des pays développés, pays les plus gros consommateurs d’énergies fossiles (60% pour 20% de la population mondiale). La fête, ce sont surtout ces pays qui en profitent. Les tribunes centrales accueillent les pays du G8, les autres pays se positionnant tout autour. Les pays en voie de développement ou sous-développés n’entrent pas dans cet espace et restent autour du lac. Ils voient le spectacle de loin. L’ambiance différente entre les tribunes centrales et le tour du lac est similaire aux cultures différentes selon les régions du globe, avec une constante : les populations se concentrent sur les rivages.

L’ère industrielle débute le jour J, quelques heures avant le spectacle. On a découvert le pétrole, le charbon, on commence à savoir les utiliser. La population commence à croître plus rapidement, tout comme les tribunes qui se remplissent progressivement. L’électricité, la radio font leur apparition (la sonorisation). Le monde commence doucement à utiliser les énergies fossiles, c’est le début du spectacle, celui qui nous fait patienter. La pénombre s’installe et symbolise notre dépendance de plus en plus forte vis-à-vis de ces formes d’énergie. Arrêter aujourd’hui une centrale électrique ou l’alimentation en carburant revient à figer nos sociétés modernes, à plonger dans le noir toute la population comme le sont les spectateurs au début du spectacle. Les contrôles aux frontières, le visa, la carte d’identité, l’immigration clandestine, autant de similitudes avec les contrôles à l’entrée du spectacle. Les resquilleurs malins qui viennent en bateau ? C’est une « belle image » de la pègre, des mafias et trafiquants de tous bords. On sait qu’ils sont là, ils sont idéalement placés pour profiter gratuitement du spectacle, parfois ils sont même bien connus et ceux qui veulent les déloger doivent se mouiller et prendre des risques. Les dernières cent cinquante années se sont déroulées comme un spectacle pyrotechnique. Différentes scènes, une montée en puissance progressive entrecoupée de pauses. Des périodes de croissance et de progrès (les scènes) et des périodes de crises et de guerres (les pauses) pendant lesquelles tout semble s’arrêter.

Au sein de chaque scène, les feux d’artifice figurent toutes les innovations, créations, progrès, que nous avons réalisés grâce à l’utilisation des énergies fossiles. Elles sont multiples, simultanées, assourdissantes. Dans tout ce vacarme, certains tirs sont remarquables car ils permettent de faire des progrès considérables dans des domaines comme la santé, le confort, l’alimentation, la lutte contre la pauvreté … D’autres présentent moins d’intérêt, on gaspille, mais ils font partis du spectacle.

Qu’ils soient utiles ou non, tous les feux s’entremêlent et participent à la fête. Certains commencent par un puissant tir (un boum) qui propulse dans le ciel une sorte de fusée qui éclate sous forme d’une grosse boule constituée de millions d’étincelles. Elles redescendent vers le sol en se consumant plus ou moins rapidement. Ces tirs sont semblables à une innovation, au lancement d’un nouveau produit, diffusé à grande échelle. Une grande débauche d’énergies pour le lancer, une diffusion à des millions d’exemplaires. Puis pour certains, aussitôt produits et achetés, ils se consument et s’éteignent avant de toucher le sol, oubliés ou déjà dépassés par le tir suivant. Utiles ou futiles, on parle de boum de l’informatique, de l’aviation commerciale, de la télévision, des caméscopes, de la téléphonie mobile, de la voiture, des écrans plats coins carrés, des baladeurs … Chaque progrès, chaque boum, se fait en consommant les énergies fossiles en puisant dans les réserves de feu d’artifice. Les médias modernes de communication (télévision, radios, presse, internet …) nous permettent d’assister à ce spectacle mondial, depuis chez nous, comme si nous étions dans les tribunes.

Les pollutions (les fumées), générées par nos sociétés développées modernes, envahissent toute la planète et provoquent parfois des dégâts à des milliers de kilomètres (comme les pollutions constatées au niveau des pôles par exemple, ou les désertifications en Afrique dues au réchauffement climatique). Parfois, la fumée revient vers nous, Tchernobil, crise de la vache folle, marées noires, pluies acides … Le spectacle auquel nous assistons aujourd’hui est merveilleux, nous ne savons plus où donner de la tête. Tout va très vite. Chaque jour amène son lot de nouveaux produits, de services, d’innovations, de modes. Les progrès sont fulgurants et tout semble s’accélérer … Nous vivons intensément l’instant présent, comme hypnotisés par ce qui se passe autour de nous. Nous en oublions de penser à demain, de penser à l’avenir. Si nous savons que les énergies fossiles sont épuisables, nous espérons que la fête va durer éternellement, comme nous aimerions qu’un feu d’artifice dure jusqu’au petit matin. A quelle scène du spectacle en sommes-nous aujourd’hui ? Peut-être juste avant la prochaine pause, la prochaine crise ? Nous sentons bien que le bouquet final approche, mais tout à notre engourdissement, émerveillé devant tant de confort de vie, saurons-nous résister à la fascination qu’il exerce ?

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 Là s’arrête la comparaison, ici commencent l’interprétation et la prospective. Elle n’engage que moi. Si le village mondial dans lequel nous vivons est bien entrain de vivre sa période de fête et suit le schéma des fêtes du lac, nous, nos enfants ou nos petits-enfants assisteront un jour au bouquet final. Une débauche monstrueuse d’énergies qui débouchera sur un arrêt brutal. Mal préparés à la raréfaction des énergies fossiles, trop dépendant du pétrole, du gaz et du charbon, les hommes seront plongés dans la nuit noire. Des lumières blafardes s’allumeront dans les tribunes et les allées, chacun prendra ses affaires, serrera dans ses bras ses enfants et ce sera la plus grande bousculade de tous les temps. La population diminuera très rapidement. Certains récupéreront ce qui a de la valeur. Quelques groupes resteront, puis une longue nuit noire tombera sur la Terre. Lorsque le jour reviendra, un gros travail de nettoyage attendra les générations futures. Comme le suggère Jacques Attali dans son livre Une brève histoire de l’avenir, les frontières disparaîtront (le démontage des palissades), la population mondiale sera moins dense et s’ouvrira une période de recyclage de certaines de nos installations devenues inutiles, comme le démontage des gradins sur plusieurs jours. On parlera sans doute longtemps de cette période de « fêtes ». Dans son livre La grande illusion de la technique. Manifeste pour une développement durable, éditions Jouvence, Jacques Neirynck arrive à la même conclusion. Un autre scénario est pourtant envisageable, tout « simplement » tirer moins rapidement le feu d’artifice, pour faire la fête jusqu’au petit matin. Amener l’ensemble des spectateurs jusqu’au lever du soleil, jusqu’à l’avènement des énergies propres et d’une société de modération. Ce serait la fin des artifices et l’homme redécouvrirait la beauté du spectacle de la nature, comme l’est un lever de soleil sur le lac d’Annecy.

NB : et le réchauffement climatique dans tout cela ? Eh bien, en 2004, pendant le spectacle, les conditions météorologiques se sont dégradées, la pluie s’est mise à tomber. Les installations permettant de déclencher les tirs ont pris l’eau et le bouquet final n’a pas pu être tiré. Les spectateurs étaient furieux. Les tribunes se sont vidées avant l’heure…

Présentation du livre & préface    Les autres métaphores  

Lien vers le site de l’éditeur.

Le scénario Titanic, les métaphores

 Chaque thème du livre est accompagné d’une ou plusieurs métaphores.

Métaphore, définition du Larousse :

Procédé par lequel on substitue à la signification d’un mot ou d’un groupe de mots une autre signification qui s’y rapporte en vertu d’une analogie ou d’une comparaison implicite.

Métaphore, définition d’Hugo :

Nos métaphores sont comme des jumelles. Inversées, donc rétrécissant, elles nous permettent de voir la Terre avec un autre regard. Dans le bon sens (et avec du bon sens), elles nous permettent de voir loin et d’observer l’avenir.

Liste des thèmes du livre.

La croissance de la population mondiale.

Le post-it.

Les ressources énergétiques.

Le syndrome du cumulus : La famille Durand est en vacances dans sa maison de campagne. C’est la fin de la journée, il est l’heure de prendre la douche… Cette métaphore illustre ce qui risque d’arriver aux générations futures si nous ne prenons pas la voie du développement durable.

Le naufrage du Titanic : Treize questions sur le naufrage, les raisons, les conséquences… treize similitudes troublantes avec le pic de production du pétrole. Aux dires des lecteurs, c’est la métaphore la plus forte du livre. La plus forte, car elle peut s’appliquer également aux ressources en eau et de façon plus large à nos modes de vie actuels.

Le réchauffement climatique.

L’inertie des masses : La famille Durand rentre de week-end. Soucieuse de l’environnement, Madame avait baissé le chauffage vendredi soir avant de partir. Il fait donc 15° dans la maison. Madame qui maîtrise parfaitement le réglage du chauffage, met le thermostat sur 3 afin de ramener la température dans la maison à 19°… Parallèle entre le réglage du thermostat et le réchauffement climatique.

Bidibulle et équilibre climatique : Depuis des millions d’années, le climat de la Terre oscille entre des périodes de glaciation et des périodes de climat plus tempéré. Le climat oscille entre « le froid et le chaud » comme un énorme bidibulle qui se balancerait de gauche à droite avec une période de battement de plusieurs millions d’années… Métaphore illustrant les risques d’emballement climatique.

Une pluie d’orage : Il y a quelques jours, pendant une période de canicule, nous sommes allés nous promener au bord du lac tout proche, avec ma femme et mes enfants, histoire de trouver un peu de fraîcheur. C’était une journée d’été très chaude, comme nous en connaissons de plus en plus souvent. Le goudron sur lequel nous marchions était brûlant… Métaphore illustrant les risques de multiplication des accidents climatiques engendrés par le réchauffement climatique et notre capacité à porter secours, à reconstruire.

La biodiversité.

Un chalet à la montagne : La biodiversité c’est un peu comme un énorme chalet en bois en pleine montagne. Nous y habitons depuis fort longtemps, il nous abrite et nous y trouvons notre nourriture. Nous n’avons plus les plans de construction, nous n’en connaissons pas toutes les pièces et nous ne comprenons qu’une partie de l’architecture…

La déforestation et la désertification.

Exercice de voyance : Parallèle entre la fragilisation des forêts de l’hexagone et une déforestation qui m’a marqué il y a de cela quelques années.

Rasoir jetable trois lames : Illustration des conséquences de vagues de canicules à répétition. Synthèse de l’état des lieux.

Synthèse de l’état des lieux.

C’est la fête au village : Selon H.M. McLuhan , « de toutes parts nous parvient l’information à vitesse accélérée, à vitesse électronique. On dirait que nous faisons tous partie d’un petit village mondial ». Partons de son hypothèse. Un village ça a une vie, rythmée par les saisons, les coutumes … Quel instant de la vie de notre village mondial sommes-nous entrain de vivre aujourd’hui ? Je dirais que c’est la fête au village… Parallèle entre les fêtes du lac d’Annecy et la période que nous sommes en train de vivre aujourd’hui sur Terre. Lire ce chapitre en ligne.

Voyage de fin d’études : Nous sommes en juin, vos enfants terminent l’année scolaire et ont la chance de partir à l’étranger. La fête de l’école ayant bien marché, l’association des parents d’élèves a pu payer les billets à tous les parents. Vous allez donc les accompagner. Métaphore illustrant les risques que nous prenons aujourd’hui dans l’avion Terre, affrété par la compagnie Air Environnement, à destination de Nextgénération, avec nos enfants à bord.

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